Tension entre Madrid et Le Vatican     
 
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Tension entre Madrid et le Vatican .

La nominatiou pai le Vatican du cardinal Vicente Enrique y Tarancon comme

successeur de Mgr Casimiro Morcillo, décédé te 30 mai, au poste d´administrateur

apostolique de l´archidiocése de Madrid suscite de tres violentes réactions dans

les milieux proches du gouvernemeat espagnol.

Prímat d´Espagne, vice-président de la Conférence épiscopale espagnole,

personnalité libérale et ouverte aux idees nouvelles, le cardinal Enrique y

Tarancon est justement consideré aujourd´hui á Madrid comme l´un des principaux

représentants du courant dit «conciliaire» dans l´Eglise espagnole Sa nomination

a la tete du plus important diocése d´Espagne est saluée avec satisfactíon par

tous ceux, laics et religieux, qui soubaitent voir l´Eglise prendre ses

distances á l´égard du régime franquiste.

Partisan résolu du régime, croyant servir Dieu en servant César, occupaat des

fonctions officielies dans les structures da pouvoir issu de la guerre civile et

nommé directemeut par te général Franco « procurador » (député) aux Cortés, Mgr

Casimiro Morcillo était en revanche le chef de file des évéques plus soucieux de

plaire au Caudillo qu´au Vatican ; il n´avait d´ailleurs jamáis été nommé

cardinal. La bate mise par le Saint-Siége pour remplacer un archevéque

conformiste par un cardinal liberal ne pouvait manquer d´irriter le general

Franco, qui n´entend pas renoncer a son privilége de «presentation des évéques»

sans négocier sur l´ensemble des clauses du concordat de 1953 Si l´on s´en tient

á 1´ « esprit » d´un concordat presenté il y a vingt ans par l´Eglise comme le

meilleur des concordats possibles, le successeur de Mgr Morcillo aurait du, en

effet, étre nommé en accord avec les autoritós espagnotes.

Mais c´est la «lettre» la plus rigoureuse qu´évoque le Vatican pour justifier

son chois Le décret conciliaire « Christus dominus »

stipule en effet que des «motifs réellement graves» antorisent á suivre une

autre procédure que celle prévue dans le concordat pour la nomination des

évéques. Des journaux madrilénes comme «Nuevo Diario» (qui représente depuis un

an les milieux tres proches du gouvernetnent) et «Pueblo». organe des syndicats

officiels, demandent ouvertement au Saint-Siége de faire connaitre les «motifs

réellement graves» jüstifiant ce qu´un éditorialiste du «Nuevo Diario» n´hésite

pas á appeler «le viol du concordat par Rome ».

Le Saint-Siége a trouvé un avocat autorisé dan les colonnes du journal «Ya»,

catholique conservateur, tres lié a la hiérarchie.

Dans un article remarqué et que l´on dit a Madrid inspiré par Mgr Dadaglio,

nonce apostolique, le journal «Ya» laisse entendré que «les nominations

d´évéques en Espagne ne s´effectueront pas selon les regles normales» aussi

longtemps que le general Franco « ne renoncera pas á son privilége de

présentation ».

Selon « Ya», Pan! VI aurait pris la decisión de nommer le cardinal Enrique y

Tarancon aprés « une profonde méditation» et non sans avoir >> consulté des

personnes bautement qualifiées ».

L´affaire va au-dela d´un simple refroidíssement des relations entre Madrid et

le Vatícan. C´est toute l´orientation de l´Eglise d´Espagne qui est en cause. Le

courant «conciliaire>> s´est incontestablement renforcé depuis trois ans. mais

il n´est pas encore majoritaire. Les tenants d´un >> nationalcatholicisme» plus

resolu que jamáis á soutenir le franquisme n´ont pas renoncé á élever la voix.

Ils réprouvent une «separación de l´Eglise et de l´Etat», qui apparait pourtant

comme une conséquence logique d´une revisión globale du concordat, souhaitée á

la fois par le Vatican et par Madrid.

 

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