Autor: Delacampagne, Christian. 
 La Catalogne autonome. 
 Barcelone est un des grands centres européens des arts plastiques     
 
 Le Monde.    07/11/1981.  Página: 32. Páginas: 1. Párrafos: 10. 

Page 32 —LE MONDE — Samedi 7 novembre 1981

Barcelone est un des grands centres européens des arts plastiques

AVEC ses quarante-deux musées et ses innombrables galeries de tableaux, Barceloné est, au même titre

que Paris, Milán, Zurióh ou Londres, l´un des grands centres européens des arts plastiques. Bien des

touristes l´ignorent, qui ne font que passer par ici pour se rendre aux Baléares. A ces voyageurs trop

pressés, les chefs-d´œuvre de la peinture cataIane démeurent inconnus; c´est d´autant plus dom- ; mage que

la Catalogne partage, avec les Flandres et l´Italie du Nord, deux autres régions marquées depuis le Moyen

Age par une intense activité économique et culturelle le privilège d´avoir toujours été une terre d´artistes.

En témoigne d´abord l´irripression-sionnant Musée d´art catalan installé dans le parc de Montjuîch. A tout

seigneur tout honneur: il s´agit là de la plus grande présentation d´art roman dans le monde, et du plus

prestigieux d´Espagne après le Prado. Les bois sculptés du douzième siècle et l´ensemble des fresques

murales qui s´y trouvent réunies, provenant de toutes les églises de la région, offrent le répertoire le plus

complet qu´on puisse imaginer de l´iconographie romane. La survie de cette collection, patiemment

constituée dans les premières décennies de notre siècle, représente d´ailleurs un miracle, puisque, inauguré

en 1934, le musée dut être fermé et partiellement évacué durant la guerre civile. Rouvert en 1941, il a

continué de s´enrichir jusqu´à ce que, faute de gardien, la municipalité soit obligée de fermer, en 1975, les

salles consacrées à l´art. gothique.

Heureusement, ces dernières viennent d´être rendues de nouveau accessibles au public ; elles ont été

complètement réorganisées, en octobre d´ernier, sous l´égide de l´actuelle directrice, Mme Carmen Farré.

Beaucoup plus importante qu´on ne se l´imaginait, tant par son extension que par sa qualité, cette sectjon

consacrée au gothique catalan constitue à elle seule un centre d´intérêt justifiant la, visite du musée. En

effet, la plupart des œuvres qu´il rassemble n´avaient pas été présentées depuis des années; certaines

d´entre elles n´avaient même jamais été exposées. Il faudrait évoquer, entre autres, le sépulcre de la

famille Ardevol, ensemble sculpté provenant de la région de Lérida et datant de la fin du quatorzième

siècle, ainsi que les statues de Jaume Cascalls et de Pere Oller, deux artistes qui travaillaient, à Barcelone

au tout début du quinzième siècle.

Mais ce sont incontestablement les rétables qui attirent en priorité le regard du visiteur, depuis les

magnifiques peintures sur bois en noir et blanc appartenant à la période dite du gothique linéaire,

jusqu´aux grands tableaux d´autel peints vers la fin du quinzième siècle par Luis Borassa, Bernard

Martorell, Luis Dalmau et Jaume Hughet. De ce dernier, qui mourut en 1482, le musée de Montjuich ne

réunit pas moins de trente-six tableaux, dont seize sont entièrement de sa main, les vingt autres résultant

en partie d´un travail d´atelier : témoignage impressionnant sur la vitalité artistique qui régnait à l´époque à

la cour des souverains catalans.

La naissance d´un génie

Cette vitalité n´appartient pas seulement au passé. L´œuvre de Miro dans sa diversité et celle de Picasso,

pour la partie qui en fut réalisée à Barcelone, attestent, chacune à leur manière, que l´inspiration de Jaume

Hughet est loin d´être morte. Situé dans un ancien palais de la rue Montcada, le musée Picasso réunit

presque tout le travail de l´artiste jusqu´à sa vingt-deuxième année, âge auquel il partit s´installer à Paris.

De cette période datent donc quelques exercices académiques (dont une surprenante Première

Communion), mais aussi une foule de dessins où, à travers l´influence de Toulouse-. Lautrec, le peintre

trouve peu à peu son propre style : iI est rare de pouvoir suivre de façon aussi continue la naissance d´un

génie. A noter également la célèbre Danseuse naine, quelques toiles datant de la période bleue et un

Arlequin plus tardif, et surtout la série des Ménines, quarante-quatre tableaux exécutés d´août à décembre

1957 d´après l´œuvre de Velasquez et qui se trouvent ici rassemblés en quelques salles. L´année 1981 a été

marquée, à Barcelone comme à Madrid, par le centenaire de la naissance de Picasso ; à cette occasion, il a

été décidé de procéder à diverses extensions du musée dont le public aura bientôt la primeur.

Quant à la Fondation Miro — construite comme la Fondation Maeght à Saint-Paul-de-Vence, par

l´architecte catalan Josep Lluís Sert, — elle rassemble un large éventail des différentes, manières de cet

artiste, aussi fécond dans son genre que le fut Picasso. En plus de: cette collection permanente, la

Fondation présente régulièrement des expositions, organise des colloques et dispose d´une importante

bibliothèque orientée vers l´art moderne. C´est l´un des centres culturels les plus actifs de Barcelone.

Mais si ces trois grands musées représentent des pôles d´attraction majeurs, ils ne doivent pas faire oublier

que la capitale de la Catalogne possède bien d´autres richesses. A défaut de pouvoir les citer tous,

mentionnons tout au moins le Musée d´art moderne — où sont représentés, de Gargalo à Guinovart,

quelques grands artistes du vingtième siècle, — le musée Clara, où se trouvent réunies les œuvres

essentielles de ce peintre et sculpteur contemporain, le Musée de la céramique et, dans un autre genre, le

Musée du théâtre et du cinéma. Ce dernier, installé dans une maison dessinée par Gaudi, présente aussi

bien des costumes d´acteurs que d´anciens modèles de caméras et toutes sortes de documents sur les arts

du spectacle. Environnement étrange, envoûtement assuré-Mais Barcelone, tout entière façonnée par le

génie de Gaudi et de ses disciples, marquée par l´art nouveau et le surréalisme, ouverte aux influences

méditerranéennes, mais également sensible aux modes allemandes, n´est-elle pas par excellence une ville-

musée, un lieu magique où les artistes, toujours; se sentiront chez eux? CHRISTIAN

DELACAMPAGNE.

 

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