Autor: Novais, José Antonio. 
 Espagne. 
 Mgr Morcillo, archevêque de Madrid, est mort  :   
 Un serviteur de César. 
 Le Monde.     Página: 2. Páginas: 1. Párrafos: 9. 

Espagne

Mgr Morcillo, archeveque de Madrid, est mort

De notre correspondat

Madrid. — Mgr Casimiro Morcillo, archevéqus de Madrid, est mort des suites d´une

longue maladie le dimanche 30 mail. á Madrid, a l´áge de soixante-sept ans. En

fevrier 1969. il avait été élu president de la conférence épíscopale espagnole

pour irois ans. Le Saint-Siége a aussitot nommé un administrateur apostolique

pour gouverner le diocése de Madrid-Alcala: íl s´agil du cardinal Enrique

Tarancon, primal d´Espagne, archeveque de Tolede et vice-président de la

conférence épiscopale, consideré comme le chef de file des évéques conciliares

.

Un serviteur de César

Mgr Casimiro Morcillo González était un partisan farouche du régime franquista,

le prototype du prélat espagnol qui croit que servir César est, en Espagne, la

meilleure façón de servir l´Eglíse. Avec lui, chef de file des évéques «

politiques », disparalt une caste d´ecclésiastiques qul, p e n d a n t toute

leur vie, se sont montrés plus attentifs aux paroles du Pardo, résidence du chef

de l´Etat, qu´a celles de Rome.

D´origine modeste, Mgr Morcillo naquit en 1904 á Chozas-de-la-Sierra, petit

village de la province de Madrid. II fit ses études a. Toléde, d´abord au

séminaire, puis a l´université pontificale, oú il obtint son doctorat en

théologie, avant de suivre les cours de l´Institut catholique de París. Il fut

ordonné prétre en 1926.

Pendant les premieres années de son ministére sacerdotal, Mgr Morcillo

s´intéressa particu-liérement aux mouvements d´Ac-tion catholique.

Aprés la victoire des troupes franquistes, Mgr Morcillo fut nommé en 1939

vicaire general de l´archeveché de Madrid. II était consideré á cette époque

comme un « progressiste » et collabora souvent avec les chercheurs « és-sciences

ecclésiastiques » qui tra-vaillaient alors á Borne sous la direction de Maximino

Romero de Lema, aujourd´hui évéque d´Avila, et parmi lesquels figuralt un des

rares théologiens espagnols de renommée mondiale, le R.P. JoséMaria González

Ruiz.

Personnalité brillante tant sur le plan politlque que religleux, il fut nommé en

1943 évéque auxi-liaire de Madrid, en 1950 évéque de Bilbao, poste nouvellement

creé, en 1955 archevéque de Saragosse, et remplit, en 1962, les fonctions de

sous-secrétaire du concile Vatican II Depuis 1964, il était titulaire du siége

episcopal de Madrid Alcalá. Entre-temps, 11 avait été nommé par le general

Franco « député » auxiCortés (Parlement), conseiller du royaume et membre du

conseil de régence

Mgr Morcillo ne s´est jamáis Identifié avec l´esprit du concile Vatican II, au

cours duquel il défendlt énergiquement les thé-ses les plus conservatrlces.

C´est sans doute la raison pour laquelle il a été l´unique sous-secrétaire du

concile qui n´ait pas été nommé cardinal. Quant 11 est élu, en février 1969,

presiden! de la conférence épiscopale espagnole en remplacement du cardinal

Quíroga, l´assemblée est encoré dominée par les évéques « politiques», c´est-a-

dire partisans du régime. Mais. sous la pression de ta mínorité «conciliaire»,

il promet de renoncer á toutes ses charges politiques, jugées incompatibles avec

ses nouvelles fonctions.

Malgré cette concession, les démeles entre Mgr Morcillo et les catholiques

conciliaires espagnols se sont multipliés ees deux derníéres années. Les «

progressistes » n´ont jamáis pardonné á l´archevéque de Madrid d´avoir autorisé

la comparution devant le tribunal de l´ordre publie du R. P. Gamo, curé de

Moratalaz (faubourg ou-vrier de Madrid) pour une sermón prononcé dans sa

paroisse.

Aprés sa démission des Cortés, Mgr Morcillo avait recu la grandcroix de Carlos

III, la plus Importante des décorations espagnoles.

JOSÉ-ANTONIO NOVÁIS.

(Mardi 1er juin.)

 

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