Après la suspension de certaines libertès. 
 La tendance au durcissement paraît prévaloir à Madrid  :   
 Plusieurs chefs militaires se réunissent. 
 Le Monde.    16/12/1970.  Página: 1. Páginas: 1. Párrafos: 13. 

APRÉS LA SUSPENSIÓN DE CERTAINES LIBERTES

La tendance au durcissement parait prévaloir a Madrid

Plusieurs chefs militaires se réunissenf

On ignorait encoré, mardí, en fin de matinee, quand serait rendu te verdict du tribunal militaire qui juge, á Burgos, seize nationalistes basques, dont six risquent la peine de mort. Selon l´agence France-Presse, la sentence serait a vraisemblablement » connue mercredi. Mais les avocáis de la défense. qui étaient renirés chez eux jeudi dernier, attendaient toujours mardí d´étre convoques par le juge d´instruction, jormalité indispensable avant la publication du verdict.

Les mouvements de protestation suscites par le proces continuent en Espagne, mais á un degré moindre que ces derniers jours. Les trois cents intellectuels et artistes qui s´étaient enfermes samedi dans l´abbayede Montserrat.prés de Barcelone,ont quitté les lieux lundi soir. Des manifestations ont eu lieu lundi á Genéve et á Hanovre, tandis qu´en Italie, le partí démocrate-chrétien prenait position contre «la conduite et la nature» du procés.

A Madrid, l´heure semble au áurcissemení aprés .la decisión prise par un conseil des ministres extraordinaire, lundi soir, de donner á la pólice des pouvoirs discrétionnaires. On commente beaucoup dans la capitule espagnole la présence á ce conseil du prince Juan Carlos, successeur designé du general Franco, et l´absence de deux ministres tenus pour libéraux, MM. López Bravo (affaires étrangéres) et Lopez Rodo (plan). Tandis que des rumeurs incontrolables courent sur une aggravation de l´état de sanie du Caudillo, de hauts responsables de l´armée tiennent reunión sur reunión. Leur attitude risque de peser sur le dénouement.

De notre correspondant

Madrid. — Au cours des six prochains mois, les Espagnols seront á la merci de la pólice, qui pourra les arréter et les garder á vue tout le temps qu´elle jugera nécessaire, sans avoir la moindre explicaron á fournir. Au cours d´un conseil des ministres extraordinaire convoqué lundi par le general Franco á sa résidence du Pardo, l´arlicle 18 du Fuero des Espagnols (Constitution), a été, en effet, suspenda Celui-ci precise : « Aucun Espagnol na peut étre détenu autrement que dans le cadre prévu par la loi : tous les détenus doivent étre libres avant l´expiration d´un délai de soixante-douze heures ou étre remis aux autorites judiciaires. »

Le décret-loi adopté par le gouvernement declare que la suspensión

dudit article est prévue pour six mois. Pendant ce temps, le ministre de l´intérieur « pourra appliquer calle mesure quand il le jugera bon, dans le cadre de la légistation en vigueur ».

Toute la journée de lundi, á Madrid, de nombreuses rumeurs ont circulé sans qu´aucune aít pu étre confirmée officiellemeni. tout d´abord, on croit savoir que, dans la matinée, un certain nombre de hauts responsables de l´armée se sont reunís á l´école de tir de cavalerie de Carabanchel, dans la banlieue madrileño, pour déterminer les possibles conséquences du procés de Burgos et taire le point de la situation polttique actuelle .

Au cours de l´aprés-midi, plusieurs officiers qui occupent les fonctions de capitaine-général (chef de región militaire) étaient príés de se présenter au palais du Pardo oü, á 19 heures, ils étaient recus par le general Franco.

Le Caudillo était reñiré un peu plus tót d´une partie de chasse a laquetle avaient pris part l´amiral Tomaz, president de la République portugaise, et M. López Bravo, ministre des alfaires étrangéres. A 13 h. 15, le prince Juan Carlos, successeur du general Franco, appelé d´urgence au Pardo, abandonnait brusquement la salle de concerts oú il se trouvait en compagnie de son épouse. A 20 heures, le conseil des ministres se réunissait en l´absence de deux ministres de l´équipe des « technocrates », consideres córame les plus influents MM. Lopez Bravo et López Rodo, ministre du plan et du développement, tous deux absents de Madrid.

Le conseil prenait lin trente-cinq minutes plus tard aprés avoir decreté la suspensión de l´article 18 de la Conslilutíon. De bonne source, on indiquait que les capitaines généraux étaient rentrés dans leurs régions militaires respectives aussitot aprés leur entrevue avec Franco.

Le monastére de Montserrat evacué

Pendant ce temps-lá, des manífestations de protestaron contre le conseil de guerre de Burgos étaient organisées a Madrid, Barcelona et Bilbao. A Madrid, l´universíté a été tornee et lea vacances de Noel avancées pour les étudiants, Malgré ces sispositions, la pólice faisait irruptíon, lundi matín, dans I» bar de la faculté de droit, chassant á coups de matraque les éludiants qui s´y trouvaíent, L´attaque des forces de l´ordre a ete si brutale que quarante professeurs ont annoncé au doyen qu´ils refuseralent de donner leurs cours tant que la police n´abandonnerait das l´universite.

Les trois cents intellectuals el artistes, dont le peintre Juan Miro, qui etaient enfermes depuis samedi apres-midi dans le monestere de

Montserrat pour protesler contre le procés de Burgos ont abandonné les lieux lundi á 20 heures. Le gouverneur civil de Barcelona avait notifié le matin á l´archevéque que les forces de l´ordre entreraient dans le monastére si les intellectuels ne le quittaient pas.

Les inteilectuels, - desireux de ne causer aucun préjudice a l´abbaye », décidérent de se retirer. Dom Cassia Mauro Just — abbé de Montserrat — les accompagna jusqu´á la porte, Ils purent rentrer á Barcelone sans qu´aucune arrestation soit opérée.

Pendant leur retraite volontaire, les manifestants ont rédigé un manifesté

en cínq points 1) reiet du conseil de guerre de Burgos ; 2) amnistíe pour les détenus politiques et les exilés ; 3) abolition de la loi sur le banditismo el le terrorisme ; 4) liberté d´association et de reunión ; condamnation de la torture et abolition de la peine de mort.

Une lettre de M. Beihl

Dans la soirée, plusieurs manifestations ont eu lieu, á Fabra, Puch. Tarrasa, banlieues ouvriéres de la capiíale catalane. A Tarrasa, la pólice a tiré des coups de feu en l´air pour disperser les manifestants. A Bilbao, quarante universitaires observent depuis samedi une gréve de la faim dans l´église de Saint-Nicolas en signe de solidante avec les accusés de Burgos.

A Saint-Sébastien le quotidien (gouvernemental) la Voz de España a reçu une lettre de M. Beihl, le cónsul honoraire de la République fedérale allamande enlevé par I´ETA. Le cónsul « demande le soutien actif des démocraties europeennes pour sa libération», et affirme une fois de plus que son sort dépendra du résultat du conseil de guerre de Burgos. II precise : - L´organísafíon de libéralian basque ETA esl fermement décidée 6 se servir de ma personne pour aider ses compatriotes. »

Les appuis d´anciens combattants au general Franco se poursuivent Dans des tracts qui circulent á Madrid un comité en faveur d´une Journée d´information nalionale appelle á une manifestation pour le 17 décembre. «A l´étranger, écrit ce comité, on continué efe calomníer l´Espagne, ses institutions, le chef de l´Etat, le peuple espagnol et les travaílleurs emigres qui sont exploités. (...) On veut faire croire que nous sommes des barbares sanguinaires el que nous avons besoin d´étre liberes. »

 

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