Autor: Lacouture, Jean. 
 Le procés de Burgos et les réactions dans le monde. 
 On veut nous tuer parce que nous faisons peur  :   
 Nous disent deux responsables de l´ETA. 
 Le Monde.    16/12/1970.  Página: 2. Páginas: 1. Párrafos: 19. 

«On veut nous tuer parce que no

nous disent deux responsable

Sa int-Jean-de-Luz. — Ce sont deux militants responsables de I´ETA. lIs ont accepté de repondré a nos questions, mais refusent de voir publier leur nom, aussi bien que le lieu de la rencontre, qui se déroulera donc « quelque part en Euzkadi », disentiIs. Jeunes, robustes, ce sont des hommes d´actión, qui manient assez bien, pourtant, les concepts et l´argumentation idéologiques.

« Comment jugez-vous l´attitude du peuple basque des «provínces du Nord » (Labourd, Soule, Haute-Na-varre) face au procés de Burgos et, plus généralement, á l´actíon directe conduite par l´ETA ?

— La reserve que nous constatons s´explique par bien des raisons qui peuvent se résurner en une seule: l´aliénation. Le peuple basque subit una double colonisation i cali de Madrid esi plus brutale, cella de París plus subtile. L´oppressión endort de qui se passe ici. La répression éveille: ce qui se passe lá-bas.

Dans les provinces du Nord l´aliénation a pris les formes les plus profondes, les plus Intégrées, qui vont jusquá l´inconscience... Mais quand l´heure de la répression viendra ici, le réveil sera rapide chez les Basques du Nord.

S´il se passait ici le dixiéme de ce qui se passe á Bilbao la réaction policiére serait pire. Deja la collaboration entre les deux apparells policiers en dit long sur ce qui attend, un jour ou l´autre, nos fréres d´ici...

— Ne peut-on attribuer a une certaine incompréhension les dissensions entre les mouvements autonomistes, de part et d´autre de la frontiére, ENBATA ici et E.T.A lábas?

— ENBATA est évidemment tres en retrait sur I´ETA. Mais il s´agít moins de différences idéologiques que de phases différentes d´évolution. lis en sont ici oü en étaient nos grandsparents... disons nos parents, au temps du partí national basque de 1936.

La radicalisation est ralentie ici par les subtilités et les ruses de la politique francaise. Mais les Basques du Nord suivront la méme processus que nous. La prisa de conscience, actives par une épreuve comme celle que nous traversons, viendra...

— Mais la crlse que suon actuellement I´ETA elle-méme peut-elle taire de cette organisation un modele d´action pour tous les Basques ?

— La scission qui vient de se produire entre nous et les «espagnolístes» était inevitable, lis prétendaient nous associer á des forces de gauche ou supposées telles. qui veulent confisquer notre combat et nos victoires. Nous allier, nous, ETA, aux communistes espagnols, ce serait atieler un cheval de course á un áne...

De notre envoyé spécial

Nos ainés de 1936 ont été assez stupides pour se laisser prendre á ce jeu et se sacrifier pour une république qui ne pensait qu´á utiliser la lutte des Basques pour sa propre victoire.

Nous ne retomberons pas dans ce piége. Nous n´entrerons pas dans un front anti-franquiste tout simplement parce que nous ne sommes pas anti-franquistes : nous sommes antiEspagnols, contre la colonisation par l´Espagne, quel que soit son gouvernement. Franco ne nous Intéresse pas, il n´est qu´un épiphénoméne. Le véritable ennemi, c´est l´impérialisme de Madrid.

Le seul front que nous voulons constituer, c´est un front basque — y compris avec ceux que les marxistes - leninistas (espagnolistes) appellent les bourgeols. Ce qui compte, pour nous, ce n´est pas de renverser tel ou tel régime c´est de former un Etat basque avec des forces basques. De guerre carliste en guerre civile, nous avons été « roulés » par les diverses forces qui recherchaient notre alliance. Ce temps est passe. Nous ne refusons aucune alliance, mais les Basques, quels qu´ils soient, ont une priorité absolue dans notre stratégie.

— Cerré stratégie pourraít-elle avoir des prolongements de ce cótó-ci de la irontiére ?

— Pas question d´intervention, bien sur. La forcé des choses suffira. Quand nous aurons acquis notre indépendanoe et assuré te développement socialista des provinces du Sud, vous verrez quel pole d´attraction nous constituarons pour les Basquts du Vor el opftf forces, pal votre systéme, de s´expatrier á Bordieaux, á París, á Toulouse ou aux Etats-Unis. Deja, un mouvement de maind´euvre se dessine, non plus du sud au nord, comme il était traditionnel, mais du nord au sud, vers Bilbao et Mondragon.

C´est au Sud que sont les ecoles basques (prés de quinze mille scolarisés striclement en basque), en dépit de la répression espagnole, qui ne va pourtant pas jusqu´au genocida cultural comme en France. C´est au Sud, surtout, qu´il y a des emplois.

Quand nous donnerons du travail aux Basques du Nord, alors vous verrez l´unite basque se faire, et vite!..

Comme nous, nos fréres du Nord ont été avales. Pas plus que nous, en dépit des apparences. ils ne seront digérés.

— Vous sentez-vous solidaires de l´ácte accompli par les ravisseurs du cónsul allemand?

— Bren sur, c´est le monde, c´est l´Europe qui a imposé Franco a l´Espagne. C´est au monde, a l´Europe de payer!

— Si l´un ou plusieurs des accusés de Burgos sont condamnés a mon et exécutés, donnez-vous pour certaine l´exécution du cónsul?

 

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